*Ma puce, ma pute, mon pote et moi*

_Claude Speed_

CHAPITRE III

Après un instant passé, à faire la mise au point de la situation, je me pris par la main et je rentrai.
Chez moi, ma mère m'attendais sur la véranda. Et dès que je refermai le portail, elle m'interpella:
- Où étais-tu Kenny?
-Nulle part, je fis en haussant les épaules.
- Viens près de moi, viens t'asseoir ici, fit-elle en tapotant de la main l'accoudoir du fauteuil près d'elle.
Mais moi conscient que je sentais l'alcool, je partis m'asseoir dans le fauteuil lui faisant face.
Elle ne dit mot, mais me fixa longuement des yeux. Ne pouvant supporter l'intensité de son regard , je baissai la tête.
- Tu as encore bu n'est ce pas ?
Je me tus m'attendant au sermon du siècle..
-Jusqu'à quand Kenneth Junior ?
La tête toujours baissée je fixais le bout de mes souliers, décidé à laisser passer en silence l'averse de sermons que je savais imminente..
Les secondes passèrent lourdes d'angoisse, mais l'orage n'eclata pas... Étonné je relevai le front, et ce que je vis me fis l'effet d'un coup de poing au plexus... ma mère me regardait toujours mais...les yeux noyés de larmes. De grosses larmes perlaient en rigoles dans ses rides, des rides de son visage décomposer par la douleur... Un élan réflexe me jeta à ses pieds, et je ne sus plus vraiment quand exactement je fondis en larmes, la tête contre les cuisses de ma mère, je chialai amèrement comme un môme.
- Pardonnes-moi maman.... pardon.... je suis désolé.... balbutiai-je plein de remords en leitmotiv, ne trouvant plus d'autres mots pour exprimer cette poigne de regrets qui me broyait le coeur et qui m'étreignait l'âme...
Pour toute réponse ma mère d'une main me caressa le front, et de l'autre me tapota doucement dans le dos dans un geste apaisant
-Mon enfant..... mumura t-elle tout bas.
Aussi longtemps que je m'en souvienne, je n'avais jamais vu pleurer ma mère, bien-sûr je l'ai entendu quelques fois sangloter dans sa chambre la nuit surtout quand elle priais. Mais je ne l'ai jamais vu dans cet état. Je savais que je lui faisais de la peine mais je savais pas qu'elle en souffrait autant.. Je fus profondément troubler... de là vint le déclic en moi de me ressaisir, d'essayer de me reprendre en main histoire de la rendre fière. Mais le seul hic c'est que je ne sais pas exactement par où commencer, et comme si elle devinait mes pensées :
-Et si tu retournais terminer tes études Kenny ? me demanda doucement ma mère
-Je ne sais pas trop mom... je vais y réfléchir
-Il te reste une année à faire pour obtenir ton diplôme, une année ce n'est pas la mère à boire mon fils. Si tu veux j'irai voir ton directeur d'études pour qu'on te reprenne, t'en dis quoi?
Un ange passa avec sur la tête un laurier et un diplôme sous le bras....
-D'accord fis-je un peu évasif en songeant aux mois que j'ai passé à la maison loin des bouquins...
-Au fait Rex est passé te chercher dit ma mère après un moment
-Rex !!? Fis-je en sursautant. Quand ça ?
-Ce matin même.
Rex était mon ami d'enfance on a grandit ensemble dans le même quartier, et nos parents se connaissaient très bien. Rex était mon meilleur ami, et on a fait les bancs ensemble. Mais il ya presque quatre ans qu'on ne s'était pas revu. Il avait gagné une bourse d'études à l'étranger. Au début on s'écrivait beaucoup mais ça s'est estompé avec le temps. Notre dernière correspondance remontait à quelques mois.
- Il a dit qu'il reviendra le soir m'annonça ma mère.
-Ok merci mom.
Je me revis un instant dans un passé pas si lointain où Rex et moi on traînait ensemble, d'aucuns nous appelaient ''les jumeaux '' parce qu'on était tout le temps ensemble, on ne pouvais voir Rex sans mon ombre... nous fîmes nos premières armes en amour, les filles, le grand amour les espoirs, puis les blessures et les déceptions... sacré passé.
-À quoi penses-tu ? Me demanda ma mère constatant mon air rêveur.
-A rien maman, je vais aller me reposer un peu, fis-je en me levant.
Le soir je pris une bonne douche et je me rends au domicile de mon ami. Après les salutations d'usage à ses parents et les chaleureuses accolades de retrouvailles entre amis, Rex et moi on alla prendre place sur la véranda.
-Alors comme ça, on débarque sans prévenir ? Lancai-je sur un ton taquin
-J'ai pas besoin d'un "spécial approuvement"pour fouler le sol de mon bercail. Répliqua t-il en riant.
-En tout cas çà fait du bien de te revoir frérot, comment ça a été là-bas ?
-Bien, très bien même, mis à part les hivers et le mal du pays, c'était parfait.
-Et les études ?
-ÇA va, j'ai d'ailleurs fini mon cursus. Là je suis revenu avec mon oncle paternel pour créer une filiale d'import-export ici au pays dont le siège se trouve à Montréal.
-Ah bon ?c'est intéressant ça !
-Tu pourrais nous aider, j'en ai déjà discuter avec mon oncle, T'as étudié l'informatique non?
-Pffffff, mec navré de te décevoir mais j'ai pas fini.
-Pardon!??
-Depuis un certain temps mec, ma vie est à l'arrêt.
-Raconte un peu Ken, fit Rex tout étonné
- Bah, vieux, j'ai fais n'importe quoi, j'ai arrêté d'aller au cours.
-Je vois, fit-il comprenant la pudeur de mes explications laconiques.
-Mais t'inquiète mec c'est derrière moi maintenant, j'ai pris la résolution de me reprendre en main, je reprends les cours dès lundi... enfin...si tout va bien.
-Ok T'as tout intérêt, sinon je te botte le cul, fit-il avec un sourire en demi teinte.
-Et je compte sur toi pour... répondis-je mi-figue mi-raisin.
Un ange passa au dessus de ma tête agitant l'épée de Damoclès...
-Mes enfants, passez à table je vous ai fait du ragoût de papaye... annonça la mère de Rex coupant court notre discussion.
-Toute de suite mom! Repondit-on en chœur Rex et moi.
On se regarda d'un air nostalgique en se levant.
-Comme au bon vieux temps fis-je à l'endroit de mon ami.
-À la bonne heure ! Lança t-il gouailleur.
À table les discussions étaient aussi nostalgiques que le succulent met qu'on partage.
-Le dîner était bon maman fis-je poliment à la fin du repas
-Merci mon fils répondit-elle en souriant.
-Bon maintenant on va faire une virée en ville claironna Rex après qu'on ait aidé à débarrasser la table.
-Suivez le guide répondis-je en échos à Rex.
-Ne traînez pas trop la nuit les garçons lança le père de Rex qui après le dîner était en train de suivre le journal télévisé.
-D'accord P'pa acquiesça Rex en me poussant légèrement dans le dos vers la porte, pressé de sortir...
-Et Kenny tu me salut tes parents Nous cria presque dans le dos sa maman..
-J'y manquerai pas.
-Mec s'il te plaît ouvres-moi la porte du garage que je sorte la tire du vieux.
-C'est pas la peine vieux, je connais un endroit chic et pas loin d'ici.
-Bon, d'accord si tu le dis, on attend quoi?
-En avant !
Rex et moi descendîmes dans la rue, le vent frais de la nuit tombante nous caressa agréablement le visage, les bruits de moteurs et de klaxons nous accueillirent quand nous débouchâmes sur l'avenue inondée de lumière. Le vent nous apporta une odeur fait de mélange de gaz d'échappement et de viandes grillées par les vendeurs de barbecues ambulants...
-Ça n'a pas beaucoup changer par ici me cria Rex pour couvrir le bruit de la circulation.
- Pas vraiment à part un ou deux trucs. Lui répondis-je à tue-tête.
-Tiens fit-il en regardant un immeuble à un coin de l'avenue où la circulation est moins dense, le "Moonlight Club" n'existe plus ?
-Non mec l'enceinte est transformée en bureaux par un SARL de la place.
Nous regardîmes avec un petit pincement de cœur le local qui fut autrefois le repaire de nos plaisirs nocturnes.
Rex se remit en marche en soupirant. Je le regardai s'éloigner, le Moonlight Club était l'endroit où il avait rencontrer Suzanne, ils s'y retrouvaient tous les vendredis soirs, parfois avec moi, mais la plupart du temps ils venaient seuls... enfin... jusqu'à ce que Suzanne périsse tragiquement dans un accident de la circulation, fauchée en revenant des cours par un motard ivre... Suzy comme l'appelait affectueusement Rex était une fille rieuse et insouciante, véritable bout-en-train, sa joie de vivre était contagieuse, maintes fois elle avait décrispée les quelques tensions qui avaient émaillées ma relation à Rex. Ô Suzanne, fragile fleur fauchée dans la fleur de l'âge...
-Tu as quoi? Me lança Rex qui constatant mon absence à ses côtés s'était arrêter et m'observait.
-Non c'était rien...
-Menteur, je sais à quoi tu penses...
-Hmmmm!
-En venant chez toi ce matin j'étais passer la voir...
Je ne répondis rien et en silence on repris notre marche.
L'homme n'est qu'un pèlerin sur la route de la vie avec pour bagage l'espoir et les souvenirs.... Et il ya des souvenirs que le temps loin d'effacer, entretient...
-C'est encore loin demanda Rex
-Non.

( _À suivre_)